Descente au cœur de l'Infernet
- baptiste
- 13 mai 2020
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 mai 2020
Le mois de septembre 2019 a été chaud, suffisamment chaud pour nous donner l'envie de tremper nos combinaisons dans les canyons des environs de Grenoble. Après avoir fait plusieurs fois le Furon haut et bas, très facile d'accès à vélo depuis Grenoble, j'ai envie de voir du nouveau. L'Infernet s'impose alors à moi. C'est un canyon extrêmement encaissé qui traverse une gorge étroite de 100 mètres de profondeur, semblant rentrer dans la montagne. Cette gorge formée par le cours d'eau de la Vence est située près du village de Quaix-en-Chartreuse, à une quinzaine de kilomètres de Grenoble. Je demande à Philémon si cette nouvelle aventure l'intéresse. Bien entendu, il est motivé. Cela fait plusieurs jours qu'il fait grand beau, le débit devrait être idéal pour s'engager dans ce canyon (merci Yves pour les conseils).
Nous partons en milieu de matinée direction Saint-Egrève, puis de là, nous montons vers Quaix-en-Chartreuse. J'éprouve toujours une sensation d'euphorie quand je traverse Grenoble à vélo, torse-nu, un gros sac orange rempli de matériel sur le dos. J'ai décidé de tester le fait du faire du vélo en gardant le bas de ma combinaison. Nous montons vite, Philémon impose un rythme rapide malgré son vieux vélo Libéria. La chaleur et la raideur des épingles chartreuses ont raison de moi, je suis obligé de ralentir. Heureusement, une courte pause pour regarder la carte me permet de reprendre mon souffle. Ma combinaison s'est remplie de sueur, sous le néoprène c'est un véritable hammam.

Le sourire aux lèvres avant d'attaquer les premières épingles
Nous arrivons sur le parking du canyon et attachons nos vélos. Un homme vient alors nous voir, l'air amusé, il prépare le BE Canyon et vient lui aussi faire l'Infernet, mais tout seul, pour s'entrainer. Il nous a doublé à la montée en voiture et notre manière d'aller faire du canyon semble lui plaire. Nous le laissons partir devant, le temps de boire un coup et de finir de nous équiper. Philémon enfile la combinaison qu'il a loué à Espace Montagne. Malheureusement pour lui, les chaussons néoprène n'étaient pas fournis. Déjà que sa couche de graisse est plutôt fine, si en plus il n'a que ses baskets pour se protéger les pieds, il risque d'avoir rudement froid. Par chance, nous avons imaginer une astuce pour préserver les pieds de Philémon. Il doit enfiler des chaussettes de ski puis emballer ses pieds dans des sacs en plastique. Nous les scotchons au niveau de ses mollets pour essayer de reproduire le principe des chaussons de plongée. Une fois les pieds de Philémon emmaillotés et les cordes enkittées (rangées dans nos sacs de telle manière à ce qu'elles ne fassent pas de nœuds), nous nous mettons à l'eau.
Le canyon nous met dans l'ambiance immédiatement. L'eau s'engouffre dans un étroit corridor creusé dans la roche et va se jeter 25 mètres plus bas. C'est la première et principale difficulté de cette descente. Suspendus dans nos baudriers au-dessus de cette cascade grondante, nous nous regardons avec Philémon, le même mélange d'appréhension et d'excitation traverse nos regards.

L'entrée de l'Infernet
J'installe le premier rappel et Philémon se prépare à descendre en premier. Il se lance. Je me tiens près à intervenir en cas de problème. Le rappel passe en plein milieu de la cascade pendant de longues secondes, Philémon se fait chahuter par la force brute du torrent qui lui arrive dessus. Il arrive enfin en bas, je peux le rejoindre. Je me laisse glisser le long de la corde, aveuglé et assourdi par la masse d'eau qui s'abat violemment sur moi, en essayant de garder le contrôle. Je retrouve Philémon en bas, nous avons le sourire aux lèvres. Nous venons de réussir à franchir le principal obstacle de la descente, le reste ne devrait pas nous poser de problème. C'est cette confrontation brute avec les éléments, qui nous ancre dans l'instant, que j'aime tant dans le canyoning, plus encore que le freestile inimitable que nous donne nos combinaisons.
Nous rappelons la corde et nous continuons notre chemin. Nous voilà maintenant au cœur de la terre. La gorge est si étroite et tortueuse que nous ne voyons plus le soleil. Le canyon de l'Infernet porte ainsi bien son nom. Nous avançons, parfois pataugeant, parfois nageant, dans cette rivière qui comme le Styx a creusé un chemin dans les entrailles de la montagne. Les courbes sculptées par l'érosion et la couleur orangée de la roche nous émerveillent. Parfois, des rayon de soleil parviennent à atteindre le fond de la gorge, et illuminent alors l'eau d'un bleu profond, créant une ambiance paradisiaque dans cet univers souterrain.

Les formes incroyables de ce monde souterrain
Plusieurs sauts, toboggans aquatiques et rappels s'enchaînent. J'en profite pour partager à Philémon les techniques nécessaires pour pouvoir installer un rappel.
Brusquement, nous nous retrouvons à l'air libre. Comme Axel et le Professeur Otto, nous sommes époustouflés par le voyage au centre de la Terre que nous venons d'accomplir. L'astuce des sacs plastiques semble avoir fonctionné, Philémon n'a eu froid aux pieds que sur la fin du canyon. Nous remontons en marchant jusqu'à nos vélos. Notre compagnon nous attend en mangeant un sandwich. Il nous explique qu'il part maintenant dans le Vercors faire le canyon des Ecouges. Quant à nous, nous descendons à toute berzingue direction Grenoble.

A fond les ballons direction les pâtes au pesto
Une fois à l'appartement, nous faisons sécher notre matériel sur la terrasse. Nous pouvons alors nous attabler devant une grande assiette de pâtes au pesto, heureux. Une chose est sûre, il faudra y retourner !
Baptiste

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